Hand Poke Tattoo

Handpoke et Stick and Poke, retour aux sources

Un hand poked tattoo, c’est à dire, un tatouage réalisé avec la technique dite du handpoke est un tatouage réalisé sans machine électrique, mais à l’aide d’une simple aiguille trempée dans de l’encre. Je résume : une tige finie d’une ou plusieurs aiguilles, et le seul talent du tatoueur (professionnel ou amateur) pour contrôler la force, la profondeur et la rapidité du mouvement. Adieu machine et dynamo, le handpoke est donc un retour à un tatouage plus traditionnel.

Outils traditonnels

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Différents outils traditionnels de tatouage.

Il existe deux genres de tatouages qui utilisent la technique du handpoke : celui effectué dans le cadre d’une tradition et une culture où le hand poked tattoo est la règle et l’usage, et celui réalisé dans les sociétés occidentales de manière amateure ou professionnelle mais sans racines culturelles et rituelles particulières.

Le premier est loin de manquer d’intérêt mais je suis tout aussi loin de maîtriser le sujet. C’est donc sur le second, plus sujet à nous concerner, que je vais m’attarder dans cet article.

Le handpoke amateur : stick and poke

Une aiguille stérilisée à l’alcool ou l’eau bouillante (jamais au feu qui laisse des résidus!), un peu de fil pour servir de réservoir à l’encre de chine noire, et tout un chacun peut s’essayer au stick and poke. C’est le tatouage tel qu’il est pratiqué dans les prisons ou par les scratcheurs, ces tatoueurs amateurs qui n’utilisent pas du matériel professionnel, et tatouent sans formation particulière ni encadrement. C’est également une pratique qui devient à la mode, chez les adolescents principalement : transgression, goût du risque, réappropriation de son corps, envie d’expérimenter…

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On trouve sur internet beaucoup de tutoriels pour réaliser sa propre aiguille et ses propres tatouages, avec de plus ou moins bons conseils en ce qui concerne l’hygiène et les risques. Bonne idée ? Tout dépend de votre approche de la pratique. Certains voient les tatouages comme de vraies oeuvres d’arts, d’autre comme un art de vivre.
Mais même réalisé sous l’impulsion du moment, entre amis, ou seul dans sa cuisine, le stick and poke est un vrai tatouage, permanent (plus ou moins selon l’encre et la dextérité du scratcheur) et qui comporte des risques (infection, regrets, l’usuel…). A ne pas mettre entre toutes les mains.

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Car il ne faut pas oublier qu’une aiguille mal stérilisée peut être la cause d’une infection, qu’il ne faut jamais partager une aiguille, et que ce genre de pratiques sous l’influence de l’alcool ou de drogues multiplie les risques d’infection, de transmission de maladies, et autres aléas liés à l’insertion d’un corps étranger sous l’épiderme. Je vous épargnerai gracieusement les images d’infection et amputation que l’on trouve en googlant le sujet.

Outre les risques sanitaires, il faut aussi savoir que les tatouages fait maison tiennent mal, ou moins bien qu’une pièce réalisée par un professionnel. Qualité de l’encre, quantité insuffisante, ou profondeur aléatoire dans son insertion sous l’épiderme. Tout tatouage, quelle que soit la technique, dépend avant tout de la dextérité de la personne derrière l’aiguille. Il ne faut pas se fier aux jolis rendus que l’on trouve sur les Tumblr ou avec une rapide recherche d’images. Lignes mal tracées, cercles incertains, points trop distants : le résultat peut vite s’avérer bien loin du dessin initialement envisagé et un stick’n’poke improvisé devenir rapidement une tâche d’encre noire peu reconnaissable.

La tendance du tatouage hand poked chez les tatoueurs
professionnels

Mais les scracheurs ne sont pas les seuls à se prendre d’affection pour les méthodes artisanales. On voit récemment des tatoueurs plus que rodés passer à la technique du handpoke, je pense à Woody Hills, ou encore Xoïl, l’un des maîtres du photoshop qui privilégie maintenant le noir et gris hand poké.

On a des machines qui permettent de tatouer vite et bien, il n’y a aucune attache rituelle ou sens spirituel au tatouage hand poked dans nos sociétés occidentales alors quel intérêt, me demandez-vous ? Quel intérêt de s’imposer, tatoué·e et tatoueur·se la longue tâche d’encrer point par point une pièce entière ?

Le handpoke, une technique à part

Très simplement, la technique n’étant pas la même, le résultat ne peut être identique. Puisqu’il s’agit d’une aiguille attachée à un manche, le procédé de tatouage s’effectue par points (dot), le résultat est donc proche du dotwork, les lignes sont plus fines et les effets ne sont pas les mêmes que ceux à la machine. Les aplats de noirs se font plus rares et l’on croise rarement des couleurs. En résumé, tous les tatouages ne sont pas réalisables avec cette technique qui propose un résultat unique.

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Pièces réalisées par Psyki

De ce que j’ai pu voir, la différence de texture et d’aspect du tatouage sont d’autant plus remarquables dans les tatouages traditionnels, qui sont conçus et réalisés dans une esthétique et une culture du tatouage fait à la main.

Les personnes adeptes du tatouage hand poked parlent également d’une expérience différente, pas nécessairement plus douloureuse que le tatouage à la machine – cependant, la technique demande des séances plus longues, notamment pour les grosses pièces. Le handpoke tel que pratiqué dans nos sociétés occidentales a, de ce fait, tendance à privilégier les petites pièces.

Il faut noter que, réalisé par un·e artiste expérimenté·e, le handpoke a également une cicatrisation plus simple : la peau étant moins agressée qu’avec une machine, la réaction de l’épiderme est moins violente. Moins de rougeurs, de gonflement et une cicatrisation plus douce, donc.
Le handopke et les motifs décoratifs, une tendance

Je vous disais que la technique du handpoke a le vent en poupe, car malgré les prétentions souvent élitistes des communautés de tatoué·e·s, les tendances en la matières ne sont pas réservées qu’à la plèbe. Le handpoke est donc il est souvent utilisé pour des motifs géométriques, inspirés de cultures non occidentales (mandalas, symboles vaudou) ou anciennes (runes celtiques).
Moi qui ai un gros faible pour les tatouages sur les mains, je suis forcément sensible à l’appel du handpoke discret et géométrique (points en haut des ongles, anneaux, etc) qui fait fureur en ce moment sur les phalanges des hipsters à la barbe longue et aux idées arrêtées.

Le handpoke, une mode et rien de plus?

Bien que le tatouage ne soit pas unanimement accepté en société, on note quand même une certaine acceptation – notamment chez les moins de 30 ans – de cette pratique qui semble gagner en popularité en France. Le tatouage n’est plus unique mais multiple, il se conjugue de façon différente selon les personnes et la façon de le pratiquer.
C’est peut-être cette montée en popularité qui fait que les amateurs de tatouages, tout comme les tatoueur·se·s se tournent vers de nouvelles méthodes, pour renouveler les pratiques d’une culture de plus en plus accessible.

Quand au handpoke à proporement parler, il est avant tout un processus, qui se pratique dans des contextes très variés et ne peut donc être traité comme une pratique homogène. Du choix technique réfléchi, afin de revenir à des esthétiques et pratiques traditionnelles, en passant par le tatouage rock’n’roll, art de vivre qui ne cherche pas la performance artistique mais se pratique plus comme une affirmation de soi et qui semble avoir toujours existé, difficile de tirer des conclusions sur les motivations profondes de ceux qui s’y adonnent.

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